Le Président de l'Assemblée législative de l'Ontario

La masse

The MaceUn des aspects symboliques les plus intéressants de la tradition cérémonielle et des insignes parlementaires de l'Ontario est la présence de la masse, ainsi que la longue histoire haute en couleur qu'elle représente.

L'origine de la masse remonte aux temps médiévaux, alors que c'était une arme semblable à une massue. Cette massue, souvent garnie de pointes de fer, était utilisée au combat par des évêques guerriers qui n'avaient pas le droit d'utiliser des épées ou d'autres armes tranchantes. Peu à peu, la masse est devenue un symbole d'autorité plutôt qu'un instrument d'application de la loi. Au XIIIe siècle, en Angleterre, les huissiers d'armes qui servaient et protégeaient le roi portaient des masses royales comme signe de la sécurité intérieure du royaume.

La masse a probablement pris sa place symbolique parmi les insignes du Parlement britannique au cours du XIVe siècle. À l'origine, elle représentait l'autorité de la couronne, qui était déléguée aux députés. Plus récemment, au Canada comme en Grande-Bretagne, elle a fini par être associée à l'autorité du président. Lorsque le président exerce ses fonctions à la chambre, la masse doit être à sa place sur la table devant lui. Aucune affaire ne peut être traitée à la chambre à moins que la masse n'y soit présente.

L'huissier d'armes, représentant de l'autorité royale, est le gardien traditionnel de la masse. À chaque séance de la chambre, avant que les prières ne soient lues, l'huissier, portant la masse sur son épaule droite, précède le président à la chambre. (C'est le cortège du président). Quand le président arrive à son fauteuil, la masse est doucement placée sur la table de la chambre, sa « couronne » pointant vers le parti au pouvoir. Si la chambre siège en comité plénier, la masse est enlevée par l'huissier d'armes et placée sur deux supports sous la table. Elle n'est replacée sur la table que quand le président reprend son fauteuil. Enfin, quand la séance est levée et que le président quitte la chambre, l'huissier d'armes le précède de nouveau, portant la masse solennellement sur son épaule.


La première masse de l'Ontario a orné la chambre du premier Parlement du Haut-Canada en 1792 à Newark (Niagara-on-the-Lake). Elle est faite de pin ou de sapin, dorée et peinte en rouge sur certaines de ces parties. Les arcs de la couronne ont été fabriqués à partir de quatre minces bandes de laiton et son couvre-chef en bois, grossièrement sculpté, est peint en rouge. Cette masse a voyagé plus tard avec le Parlement du Haut-Canada quand il a déménagé à York (Toronto).

The first Mace of Ontario

Elle a été capturée par les Américains pendant la guerre de 1812, pour ne rentrer à la maison qu'en 1934, conformément aux ordres spéciaux du président F. D. Roosevelt et du Congrès des États-Unis. Elle est revenue à sa place légitime et les visiteurs de Queen's Park peuvent voir ce trésor provincial dans le hall de l'édifice de l'Assemblée législative. En plus d’être un objet historique pour l’Ontario, la première masse peut encore aujourd’hui être utilisée à la chambre si besoin est. Elle a été utilisée de nouveau à l’Assemblée législative pendant cinq semaines au début de 2009, la masse dont on se sert habituellement faisant l’objet d’une restauration.

De 1813 à 1841, on en sait très peu au sujet de la masse du Haut-Canada. Aucun document sur son achat ou son emplacement n'a jamais été retracé. En 1845, cependant, une nouvelle masse a été achetée, au coût de 500 $. Elle faisait cinq pieds de long, était de couleur argent et dorée, et avait été décorée avec recherche de gemmes et de perles. Réplique de celle utilisée à la Chambre des communes britannique, elle comportait aussi un symbole gravé : la rose, le chardon, la harpe et le trèfle.

Cette seconde masse a aussi eu une histoire passionnante. En 1849, elle a été volée par une foule déchaînée à Montréal, qui avait apparemment l'intention de la détruire lors d'une manifestation publique. Heureusement, elle a été sauvée et rendue au président, sir Allan Macnab, le lendemain. Plus tard, en 1854, la masse a été sauvée deux fois quand la cité parlementaire à Québec a été ravagée par le feu. La masse a continué à être utilisée par le Parlement de l'Union à Toronto et à Québec jusqu'à la Confédération, lorsqu'elle a été apportée à Ottawa, où elle est restée dans la Chambre des communes jusqu'en 1916. Quand la cité parlementaire a été incendiée cette année-là, la deuxième masse de l'Ontario n'a pu être sauvée. Il n'en restait qu'une boule minuscule d'argent et d'or aggloméré.


La troisième masse, qui est actuellement utilisée par l'Assemblée législative à Queen's Park, a été fabriquée pour l'inauguration de l'Assemblée législative provinciale au moment de la Confédération en 1867. Elle a été réalisée par Charles E. Zollikofer, d'Ottawa, pour 200 $. Bien qu'elle soit modeste comparée à la deuxième masse, elle est, néanmoins, très impressionnante. Faite de cuivre et richement dorée, la masse comporte une boule aplatie au talon, qui est décoré de feuilles ornementales en relief. La coupe à l'extrémité opposée de la masse de quatre pieds est surmontée de la couronne et est ornée de feuilles de laiton rutilant.

Detail of the original cup, showing the initials V.R., the monogram of Queen Victoria

Cette masse portait à l'origine la couronne de la reine Victoria et son monogramme, V. R., sur la coupe. Quand Édouard VII succéda à Victoria en 1901, cette couronne fut enlevée et une nouvelle couronne portant les initiales d'Édouard sur la coupe fut installée. Suite à une enquête approfondie faite par des fonctionnaires de l’Assemblée législative, la coupe originale vient d’été retrouvée dans la collection du Musée royal de l’Ontario et rapportée à l’Assemblée législative, où les visiteurs peuvent la voir. 

The original cup, with the monogram of Queen Victoria


En 2009, deux diamants ont été sertis dans la masse, dans le cadre du projet « De la mine à la masse ». DeBeers Canada a en effet offert à la population ontarienne ces diamants pour célébrer l’ouverture de la mine Victor près d’Attawapiskat dans le Nord de l’Ontario. Trois diamants on été choisis parmi ceux de la première production commerciale de la mine. Deux pierres, un diamant brut et l’autre poli, ont été serties au sein d’une monture en platine dans la couronne de la masse, tandis que la troisième, également polie, fera partie d’une exposition sur l’histoire de la masse à l’Assemblée législative.

Detail of the crown of the Mace showing diamonds

Ce projet, « De la mine à la masse », a été réalisé dans le cadre d’un partenariat entre la Première nation Attawapiskat, la joaillerie Corona, l’entreprise Crossworks Manufacturing, DeBeers Canada, l’Assemblée législative de l’Ontario, le ministère du Développement du Nord et des Mines, Reena Ahluwalia, une créatrice de bijoux ontarienne et Vale Inco. En plus d’avoir été ornée de diamants, la troisième masse a été réparée et nettoyée, pour être finalement présentée à la chambre le 24 mars 2009.

De nos jours, la masse est plus qu'un objet historique d'une grande beauté. Elle représente la dignité et la richesse de la tradition parlementaire de l'Ontario et l'importance du passé dans l'édification du présent.